Micro et nanoplastiques : l’EFSA remet de l’ordre dans un champ de recherche encore fragile !
- 17 déc. 2025
- 2 min de lecture

Depuis plusieurs années, les microplastiques sont devenus l’un des symboles d’une pollution diffuse, souvent présentée comme omniprésente et parfaitement quantifiée. Or, un travail de synthèse publié par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à l’automne 2025 invite à la prudence : une partie importante de la littérature scientifique sur les micro- et nanoplastiques issus des matériaux au contact des aliments souffrirait de failles majeures.
Dans cette analyse, l’EFSA a passé au crible 122 études portant sur la libération potentielle de particules plastiques à partir d’objets du quotidien comme les bouteilles, emballages ou contenants alimentaires. Son constat est sévère : les protocoles expérimentaux sont fréquemment hétérogènes, les conditions de test ne sont pas comparables d’un article à l’autre, et les méthodes de préparation d’échantillons peuvent manquer de robustesse.
Résultat : les données produites restent entachées d’incertitudes, avec un risque non négligeable de conclusions exagérées.
Une partie des problèmes viendrait… de l’environnement lui-même. De nombreuses mesures peuvent être perturbées par des contaminations (poussières ambiantes, fibres textiles, équipements de laboratoire), qui se retrouvent ensuite comptabilisées à tort comme des particules issues des emballages testés. D’autres biais possibles sont liés à des composés libérés lors du chauffage : certains additifs ou fragments moléculaires peuvent se redéposer au refroidissement et former des résidus ensuite confondus avec des microplastiques. L’agence n’écarte pas pour autant toute libération : elle reconnaît que l’usage des matériaux alimentaires (par exemple via l’abrasion ou la friction) peut générer des particules, mais estime que les quantités réelles sont probablement bien inférieures à celles annoncées dans de nombreuses publications.
Le rapport pointe également les limites des techniques d’identification les plus courantes, notamment la spectroscopie Raman et la FTIR. En théorie, ces outils sont capables de “lire” une signature chimique. En pratique, ils peuvent être brouillés par des pigments, des additifs ou des résidus organiques, ce qui augmente le risque de confondre des signaux et d’attribuer à tort une nature plastique à certaines particules. L’EFSA souligne qu’une simple observation visuelle ou l’usage d’une seule méthode ne suffit généralement pas à garantir une identification solide.
Conséquence majeure : à ce stade, l’EFSA considère qu’il n’existe pas de base suffisamment fiable pour chiffrer l’exposition des consommateurs aux micro- et nanoplastiques provenant des matériaux au contact des aliments. Autrement dit, les éléments disponibles ne permettent pas encore d’établir des estimations robustes, condition indispensable à une évaluation des risques.
Plutôt que d’en rester à la critique, l’agence propose une feuille de route en six axes : standardiser et valider les méthodes de mesure, renforcer la maîtrise de la contamination, recouper l’identification par des approches complémentaires, créer des matériaux de référence pour étalonner les instruments, privilégier des scénarios d’usage réalistes (plutôt que des conditions extrêmes), et enfin replacer les résultats dans un contexte d’exposition globale.
Au fond, le message n’est pas que les microplastiques seraient sans danger, mais que le niveau de preuve reste insuffisant pour soutenir des affirmations trop catégoriques — a fortiori lorsque ces dernières alimentent des titres anxiogènes. Le rappel de l’EFSA est simple : sans méthodes solides, pas de chiffres solides… et sans chiffres solides, pas de débat public serein.




Commentaires